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Pourquoi je publie chez l’IPJ ou communique ds leurs conferences

Pourquoi j’ai publié à l’l’Institut pour la Justice  dans sa nouvelle revue criminologique et pourquoi je participe parfois à leurs conférences (décembre 2012 et 3 mars 2014) pour y parler de sujets d’ö Combien extrêmistes, cela va de soi… tels que la nécessité de remettre le travail social (le vrai) au centre de la probation (les travaux sur le capital social, la désistance et la RNR nous y conduisent nécessairement), de respecter l’agency (autodétermination) des condamnés, d’apprendre aux praticiens à manier l’interview motivationnel et… d’expérimenter les juridictions résolutives de problèmes.

 

Je me doutais bien que publier dans la revue de l’IPJ et participer à ses conférences (c’est sur la base de l’une d’elles que  l’article en cause a été publié) allait générer des réactions agressives ou étonnées.Voilà que je serais soudainement du côté des populistes de droite… de l’extrême droite pendant qu’on y est…  (loufoque!) et voilà une revue forcément non scientifique qui se prétend scientifique. Je laisse ceux qui lancent les anathèmes démontrer leur supériorité scientifique et aptitude à en juger… et reparlons en!

Depuis l’annonce de la parution de cette revue, et de mes participations à deux de leurs conférences, j’ai reçu des mails et tweets, certains aimables mais étonnés (: »mais il te prend quoi là? »), mais souvent insultants néanmoins (mode: « on va te donner des leçons de science toi qui n’est que juriste » – ahem voir mes publications – ou « de science politique ») ou en mode niveau Troll de 13 ans.

Comme d’habitude dans ce pays, la polarisation est totale: de nombreuses personnes ont naguère pensé pouvoir m’indentifier comme gauchiste pour mes écrits (et souvent insultée de la même manière d’ailleurs) en droit pénitentiaire et voilà désormais, que forcément parce que j’écris dans une revue publiée par un organe de droite ou participe à leurs conférences, je serais devenue non pas de droite seulement, d’ailleurs, mais forcément parce que la risible outrance est partout: extrêmiste.

Pour la gauche, la droite est forcément extrêmiste: pour la droite, la gauche est forcément extrêmiste. La mesure n’existe d’aucun côté. Ce qui est affligeant est que les prétendus « academics » ne sont pas capables de plus d’intelligence et de recul ni de mesure dans l’analyse et les propos.

Oui je publie dans un journal étiqueté à droite, parce qu’il ne s’agit pas d’un journal de fascistes. J’ai lu toute leur prose: elle est bien de droite. Voilà que ce serait interdit en ce pays? Voilà que quant à moi, non pas de gauche, mais humaniste, je n’aurais pas le droit de diffuser ma pensée ailleurs que dans des revues balisées et étiquetées à gauche?! Se souvient-on que la France est censée être une démocratie?

Même mes enfants de 6 et 9 ans qui jouent aux gendarmes (ou plutôt aux Bobbies) et aux voleurs ont plus de raffinement dans la pensée.

 

Sachez que c’est précisément parce que je savais que ces réactions stériles habituelles viendraient que j’ai publié le texte de ma conférence de décembre 2012 dans la nouvelle revue de l’IP et que j’ai à nouveau accepté de faire une comumnication dans son colloque du 3 mars 2014. Il est à cet égard essentiel de souligner qu’à chaque fois, j’ai proposé mon sujet d’intervention et qu’à aucun moment il n’a été contesté. Je n’ai pas plus fait preuve de la moindre pression quant à son contenu, alors même qu’il est patent qu’il n’est pas à proprement parler – si tant est que cela a un sens – de droite.

 

Si je n’ai pas grand respect pour cette  tendance lourde dans ce pays au label, au lynchage, à la mise à l’écart par des mots qui enferment et par la polarisation politique systématique sur tous les sujets possibles et imaginables – ma blague habituelle, qui en est à peine une, étant que « même les cors aux pieds sont sommés d’être de droite ou de gauche » – en même temps elle m’amuse: « There you go! They’re at it again! »

C’est donc délibérément que je « fais parler les bavards » comme le dit la savoureuse expression.

 

Moins drôle, pendant ce temps les véritables problèmes de fond, les réels retards et régressions de notre pays ne sont, comme d’habitude, pas traités, tout occupé que l’on est à foncer sur le chiffon rouge agité devant le taureau – sans l’énergie et la force hélas – au lieu de s’y atteler avec la détermination, l’intelligence, l’humilité et le pragmatisme qu’ils nécessiteraient.

La lamentable affaire des facultés de criminologie m’a définitivement éloignée d’une gauche lyncheuse, hargneuse et en même temps d’un conservatisme surprenant compte tenu des valeurs qu’elle prétend défendre.

Je ne tombe pas pour autant dans le populisme pénal, contrairement à ce que tous vont à présent fantasmer : « ça y est, elle a viré à droite ! » ; tout aussi stupidement que naguère j’étais prétendument une dangereuse gauchiste en raison de mes liens avec l’OIP mais surtout parce que je m’étais battue des années durant pour les droits des détenus et de leurs familles en une époque où cela était suicidaire à l’université, mais avec quelques succè – je fais prochainement une formation envers des surveillants et gradés afin de perfectionner leur technique de rédaction de CRI, RI et enquête… mais mon Dieu décidément, elle a viré à droite!

Je n’ai jamais été ni l’un ou l’autre de ces extrêmes. Je suis capable d’empathie et d’intérêt tout autant pour les victimes que pour les condamnés, tout autant pour les détenus que pour les personnels pénitentiaires. Cela n’est pas entendable pour mes détracteurs de gauche comme de droite et j’ai longtemps payé le prix fort, y compris en termes de carrière, pour mes prises de position et engagements. Peu de mes détracteurs d’hier et d’aujourd’hui ont pris les mêmes risques professionnels et personnels. Confortablement assis dans leurs salons, ils se bornent à lyncher stérilement.

 

Il suffirait au demeurant de lire mes écrits pour s’apercevoir que ni une idéologie ni une autre ne m’intéressent. Pour l’heure, seul m’intéresserait que la France se mette enfin à travailler de manière rigoureuse, qu’elle ait l’humilité de se faire aider par ceux qui nous ont précédés, qu’elle soit innovante et courageuse et surtout BIPARTISANE quant aux défis monumentaux que nous devons affronter et au retard tout aussi monumental que nous avons à rattraper et que, pour ce faire, elle sorte de son habituel et arrogant isolationnisme intellectuel. Seul m’importe que la France comprenne enfin qu’il y a moyen de traiter la délinquance de manière plus efficace (tant pour les victimes, que la société et les auteurs), de manière plus humaine (envers tant les auteurs que les victimes), de manière surtout beaucoup plus active et déterminée que nous ne l’avons fait jusqu’à présent, de manière plus holistique, plus participative et plus collaboratrice. Si ceux qui montrent du doigt ou s’inquiètent avaient pris la peine de lire mon article – et mes autres écrits par ex. mes articles depuis 1995 – avant de labelliser et juger, ils auraient vu que je ne me départis pas de ces principes de base et que je dis la même chose devant les étudiants, dans les conférences internationales, devant l’IPJ (qui, c’est important de le noter n’a pas retouché mon article, ce que je n’aurais pas accepté, alors que j’y parle de collaboration entre institutions, de travail social, de procès équitable et juridictions résolutives de problèmes) ou devant les syndicats.

 

Il est révélateur que pendant que les bien-pensants me montrent du doigt, il ne s’en trouve pas un qui défende la cause des détenus face à la régression spectaculaire qui s’annonce dans le projet Taubira en matière de droits de la défense, de procès équitable, d’agency, d’autodétermination, de « service-user participation » et d’efficacité criminologique (voir libération sous contrainte et mes commentaires). Ce que je constate c’est que le seul moment intelligent – révolutionnaire à la fois sur le plan juridique et criminologique (les juridictions résolutives de problèmes en démontrent l’efficacité) – de l’histoire de notre droit de l’exécution des peines aura, c’est significatif, été l’alliance bipartisane des lois Guigou (de gauche) et Perben (de droite – qui publie dans l’IPJ ; qui sera assez stupide pour prétendre qu’il est extrêmiste de droite ?!), l’une commençant le travail achevé par l’autre.

Le présent gouvernement souhaite nous ramener au moyen-âge d’avant ces réformes (voir sur ce sujet ma vieille thèse que j’espérais dépassée: La gestion du comportement du détenu. L’apparence légaliste du droit pénitentiaire, Poitiers, 1994). C’est un gouvernement de gauche qui s’attaque au procès équitable et c’est la gauche qui manque ici de courage et de fidélité à ses valeurs affichées.

 

Tout aussi révélatrice est l’absence criante de politique dite de « reentry » ou « resettlement » (pour un autre modèle voir par comparaison les écrits de l’ONU:ICI ), soit de la préparation et surtout de l’accompagnement humain et matériel lourd que requièrent pourtant si l’on veut être efficace, les premiers mois au moins d’une sortie de prison. Pour l’heure, la myopie ambiante ne le perçoit que sous forme d’aménagement de peine qui se caractérise en réalité par un suivi de surface et un presque abandon des sortants à leurs problèmes. Peu importe que les gens sortent avant ou après (sauf dans le modèle où le condamné prépare un projet qu’il doit défendre) ; ce qui compte est ce que l’on met à disposition en termes matériels et humains pour éviter la rechute et la collaboration avec le condamné comme avec l’ensemble des institutions et de la société civile pour préparer et accompagner cette sortie. Nous en sommes encore à des années lumières et pour cause : seul le chiffon rouge nous préoccupe.