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Résultats de la justice restaurative: une revue de la littérature

What follows is in French exclusively. English Speakers can read the Campbell Collaborative Systematic Review here: Strang & al Campbell collab review on RJ 2013

 

 

Ceci constitue un résumé à destination des francophones, de la revue de la littérature, réalisée pour la très prestigieuse Campbell Collaboration sous le titre « Restorative Justice Conferencing (RJC) Using Face-to-Face Meetings of Offenders and Victims: Effects on Offender Recidivism and Victim Satisfaction. A Systematic Review » (Les cercles de justice restaurative (CJR). Les rencontres face-à-face entre auteurs d’infractions et victimes : effets sur la récidive des auteurs d’infraction et la satisfaction des victimes): (original en anglais à lire ICI)

Les auteurs de ce travail sont Strang H, Sherman LW, Mayo-Wilson E, Woods D, Ariel B.

 

On sait depuis longtemps que la JR avait un impact très favorable sur la satisfaction des victimes. Toutefois, l’on n’avait une idée encore assez confuse et contradictoire des résultats de la JR sur la récidive des auteurs d’infraction. Cette revue de la littérature est donc très importante ; elle est d’autant plus importante qu’elle a été fait dans le cadre de la Campbell Collaboration (http://www.campbellcollaboration.org/), dont les revues n’incluent – à de rares exceptions près – que les recherches de niveau 5 (essais randomisés – les niveaux de recherche sont répartis en 5 niveau du plus faible au plus élevé selon l’échelle dite de Maryland : v. David P. Farrington ; Denise C. Gottfredson ; Lawrence W. Sherman ; Brandon C. Welsh (2002) « The Maryland Scientific Methods Scale », in L.W. Sherman, D.P. Farrington, B.S. Welsh et D. Mckenzie (eds.), Evidence-Based Crime Prevention, New York, Routledge- voir Chre Routledge), soient les seules à pouvoir se rapprocher aussi près de la réalité que possible.

Faisant l’annonce de cette recherche essentielle sur tweeter, j’ai rencontré les oppositions françaises habituelles, qualifiant de « scientistes » ce qui constitue ici une démarche scientifique rigoureuse. Je ne suis pas plus aveugle que d’autres aux risques de contamination culturelles, économiques ou autres (lire par ex. les écrits de L. Birke pour voir à quel point la science est contaminée en profondeur par le machisme dominant dans nos sociétés) de la science, aussi rigoureuse soit-elle. Toutefois je suis toujours stupéfaite lorsque l’on (ici comme trop souvent les français) réplique qu’au lieu de tendre vers la rigueur l’on devrait en conséquence s’acharner à maintenir précisément le « scientisme » dénoncé, soit se contenter d’opinions personnelles et de méthodologies bâclées au motif que la science serait contaminée, alors même que ce « scientisme » moyen-âgeux est par essence plus encore contaminé par cette culture (d’autant plus étroites chez des personnes éduquées dans une seule culture) ou ces opinions personnelles.

Si la présente revue de la littérature ne peut être prise pour une vérité absolue (existe-t-elle ?), elle est toutefois un évènement d’importance mondiale, pour ce qu’elle ôte un peu de la confusion qui entourait les résultats de la JR. Lorsque l’on promeut un modèle ou un autre et en espère que les pouvoirs publics, les finances publiques et la population nous suivront, il est toujours plus respectueux de cet ensemble d’apporter des « billes » solides, plutôt que d’asséner des opinions, quelque intérêt celles-ci peuvent présenter.

 

L’exigence méthodologique est par ailleurs une question essentielle. Tant, par exemple, que l’on s’était contenté de recherche de niveau 3 ou 4 (ou hélas trop souvent moins que cela) en matière d’évaluation des programmes de violence domestique, l’on a pu vivre sur l’illusion qu’ils étaient efficaces. Lorsque l’on s’est enfin mis à réaliser des recherches de niveau 5 et que l’on a pu en réaliser la revue de la littérature (dans le cadre de la Campbell Collaboration :  Geir Smedslund, Therese K. Dalsbø, Asbjørn K. Steiro, Aina Winsvold, Jocelyne Clench-Aas, Cognitive Behavioural, Therapy for Men Who Physically Abuse their Female Partner, Campbell Systematic Reviews, 2011:1 – v. ICI version originale en anglais; ou d’autres revues : Thomas D. Akoensi, Johann A. Koehler, Friedrich Lösel and David K. Humphreys, “Domestic Violence Perpetrator Programs in Europe, Part II: A Systematic Review of the State of Evidence », Int J Offender Ther Comp Criminol., 2013, 57(10) 1206-1225 –Abstract ICI ) l’on s’est aperçu qu’en réalité leur impact était nul ou marginal. Il est certes essentiel d’expérimenter ; mais nous devons aux victimes de ne pas nous arrêter sur une satisfaction infondée et de poursuivre, évaluer, poursuivre et évaluer, jusqu’à ce que de meilleures méthodes soient mises en œuvre.

 

D’où l’intérêt de ce type de revues de la littérature. Ce n’est en outre n’est pas le moindre intérêt des Campbell Systematic Reviews d’être structurées de la même manière et d’être d’une lecture aisée.

 

L’objet de cette recherche était donc de faire la revue de la littérature méthodologiquement acceptable sur deux points :

1)      L’impact sur la récidive de la RJ par rapport à la justice classique ;

2)      L’impact de la RJ sur la satisfaction des victimes par rapport à la justice classique.

 

Comme indiqué supra, seuls les essais randomisés (RCT : randomised controlled trials) ont été inclus dans cette revue. En outre pour être inclus les recherches devaient tester un cercle comprenant au moins une victime et au moins un ou plus auteurs.

Un total de dix RCT a été collecté. Le total des victimes compris dans l’ensemble de ces recherches était de 734 ; le total des auteurs d’infractions était de 1879.

 

Les résultats de cette revue de la littérature sont les suivants :

1)      Comme on le savait déjà : la satisfaction des victimes est considérablement et systématiquement augmentée avec la JR par rapport à la justice classique ;

2)      Il y a un impact réel sur la récidive (en particulier la multirécidive) des auteurs d’infraction dans les deux ans qui suivent, lequel est un peu supérieur à la justice classique ;

3)      En termes de ratio coût financier efficacité sur le crime, la RJ coûte huit fois moins cher (dans un cas jusqu’à quatorze fois) en moyenne que ce que sa mise en œuvre et son fonctionnement coûtent (dans les sept études portant sur le Royaume-Uni) ;

 

Toutefois les recherches analysées montrent que ces résultats et cette satisfaction n’apparaissent que dans les cas où tant les victimes et les auteurs consentent à l’expérience de RJ. Ils attirent donc l’attention sur le fait que la généralisation de la JR doit être envisagée avec précaution et tenir compte de cet important caveat. En d’autres termes, loin de se borner à une conclusion purement quantitative (« scientiste » pour reprendre le terme fétiche français), les auteurs rappellent à propos qu’il faut se garder d’un aveuglément angélique et idéologique de salon (purement philosophique dans la tradition française), a priori pour ou contre. La réponse, comme bien souvent est qu’il faut faire attention aux véritables victimes et aux véritables auteurs d’infractions.